Tableau 6
Gérard de Nerval (1808 - 1855)
A
l'aube du 26 janvier 1855, la sinistre nouvelle commençait
à se répendre à travers Paris, vient d'être
découvert, Rue de la Vieille Lanterne, pendu aux barreaux d'un
soupirail devant la grille d'un égout, le corps sans vie de
Gérard de Nerval (né à Paris le 22 mai 1808,
su nom de Gérard Labrune).
"Ce grand génie dont presque toutes les œuvres pourraient avoir pour titre celui que j'avais d'abord donné à l'une de mes œuvres "les intemittencescœur", écrivait Marcel Proust dans le numéro du 1° janvier 1920 de la Nouvelle Revue Française. L'auteur de la Recherche
apportait ainsi la preuve que certains morts laissent longtemps
après leur passage sur cette terre un lumineux sillage à
l'horizon...
C'est bien le cas de Gérard de Nerval, l'un des plus grands parmi les écrivains de notre patrimoine.
Pour le mieux connaître on ne saurait trop recommander d'avoir recours au dossier le concernant , réuni dans la collection Mémoire de la Critique paru aux Presses de Paris-Sorbonne en novembre 1997: 255 pa
ges de textes indispensables à être consultés.
Dans un hommage rendu à la mémoire de son ami, paru dans l'Univers illustré du 2 novembre 1867 Théophile Gautier écrivait:
"Sa mort a causé un vide qui n'est pas encore
comblé". Remarque toujours valable à ce jour
où l'absence du poète ne cesse de nous obséder.
Oui
d'abord et avant tout le poète! Où se trouve-t-il?
Nous savons que de son vivant il ne savait rester en place. A nous
d'aller le retrouver dans ses œuvres pour profiter de son génie marqué au coin du plus parfait style . Par exemple quand dans Aurelia (VI. p.195) il nous montre l'histoire universelle se déroulant sous ses yeux en lettres de sang...
Dans le recueil les Chimères aussi, le sonnet "Artémis" à la fois si envoutant et tellement inquiétant:
"Aimez qui vous aima ...;
Celle que j'aimai seul m'aime encor tendrement :
C'est la Mort - ou la Morte... Ô délice ! ô tourment !
....
Sainte napolitaine aux mains pleines de feux,
Rose au cœur violet, fleur de sainte Gudule,
As-tu trouvé ta Croix dans le désert des cieux ?"
poème aux reflets proches de l'énigme.
Où l'on voit que le style de Nerval est une lumière
propre à illuminer les ténèbres et, le cas
échéant, susceptible d'apporter un plus à des
chefs d'œuvre;
ce fut le cas avec sa traduction du Faust de Goethe, ce dernier
l'en remerciant avec ces mots: "Je ne me suis jamais mieux
compris qu'en vous lisant".
Peut être que ce génie dont il était habité fût-il pour lui un trop lourd fardeau ?
Il nous reste en tout cas, son œuvre, celle du plus merveilleux des oiseleurs d'étoiles.
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