Paul Amargier

GalerieXV.Humanisme roamain (XV°s.)


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Tableau  31


Humanisme romain (XV° siècle)

Après la disparition de Pétrarque (juillet 1374)et celle de son disciple et ami, Boccace( Noël 1375), le mouvement humaniste que l'on peut qualifier de "florentin" s'est trouvé découronné.
Heureusement le siècle suivant devait trouver des humanistes prêts à prendre la relève. C'est avant tout à trois papes de ce siècle quinzième (en italien Quattrocento) que le Renaissance devait trouver l'élan  que ces pontifes lui insufflèrent.

1. Nicolas V : 5/03/1447 - 4/03/1455
2. Pie II (Enea Silvio Piccolomini): 19/08/1458 -15/08/1464
3. Sixte IV  (Della Rovere), franciscain: 19/08/1471 -12/08/1484.

Le fil rouge qui relie ces trois pontifes l'un à l'autre tient en deux mots Renovatio Imperii. A leurs yeux le moment est venu pour relever le prestige du Nomen Italicum  en revenant à la grande tradition impériale du peuple romain (senatus populusque romanuus - SPQR).
Il s'est trouvé un secrétaire employé de la Curie  pour dresser le parallèle entre le gouvernement de l'Eglise et les institutions romaines du II° siècle, c'est Flavio Biondo  qui manifeste les similitudes entre les deux types de gouvernance..

Le Pontifex Maximus, le Pape joue le rôle du Consul, le collège cardinalice celui du sénat; les légats du moment sont à prendre chez les proceres (princes, duc, marquis); le nombre incalculable des évêques tient la place des magistrats administrateur des biens de la République. C'est ainsi conclut Biondo que l'église dans sa gouvernance est une sorte de calque de l'antique fonctionnement  du pouvoir impérial romain.

Arrivant au Vatican  (et non plus au Latran) après son élection, Nicolas V y trouva en place un peintre dominicain Fra AngelicoFra Angelico, que son prédécesseur, Eugène IV, avait invité à venir travailler à Rome. Le nouveau pontife invita le peintre à lui décorer son studio de fresques racontant la vie et le martyre de Saint Laurent, ensemble que l'on peut admirer à ce jour, inachevé, car l'auteur fut saisi par un mal subit qui l'emporta le 18 février 1455. Enseveli dans l'église dominicaine Sainte Marie de la Minerve ( à deux pas du Panthéon) son tombeau est toujours  très visité: là repose le dépouille du  tenant d'un humanisme  d'apaisement: il Beato!

Pie II, lui  eut la chance d'avoir pour ami et secrétaire d'état le génie le plus éclairé de ce temps Nicolas de Cluse, ils vécurent ensemble  et disparurent de même Nicolas à la mi-juillet 1464, Pie II à la mi-août suivante.
De ce pontife véritable prince de l'esprit, humaniste légendaire, il nous reste bien des 
œuvres, en particulier une lettre que dès le début de son pontificat il adresse au grand mufti de Constantinople devenue musulmane en 1452. La lettre est datée de de 3 ans plus tard, Pie II s'adresse à ce dignitaire musulman pour lui expliquer ce qu'est le catholicisme. Il faut avoir lu ce document pour comprendre quelle était la mentalité d'un catholique romain faisant profession d'humanisme. Le voici:
"L'âme n'est point compliquée de pensées inopportunes, on ne lui demande pas de trahir sa nature classique, de se replier sur elle-même, de se livrer à un examen quotidien de ses fautes, de puiser dans le sentiment douloureusement fortifiant du remords des énergies nouvelles pour la bataille du salut; on la confie à un guide bienveillant, à un spécialiste habile, qui la soutient, la conseille, la dirige, la panse, la lave, la nettoie et la guérit. Les églises italiennes, les dômes, les cathédrales, les basiliques  que la beauté élève ne sont point, non plus, des lieux de retraite et de contrition. Construites dans l'équilibre et l'harmonie, elles ne s'élancent pas au ciel, n'y dressent point de pinacles, n'y tordent pas de crochets, n'y accumulent pas des masses tourmentées et éperdues, elle s'étalent sur la terre qu'elles semblent étreindre et à laquelle elles demeurent fidèles; Elle s'ouvrent sur la place qu'elles continuent et embellissent; on n'y vient point se recueillir et se ressaisir dans la solitude et l'intimité, on y vient flâner, prendre le frais, voir les gens; l'
œil  se distrait de belles formes, de belles couleurs, de belles voix. On y est bien. On n'y est pas chez Dieu, on y est chez soi. On y danse, on y joue, on y dîne. On y fait des affaires et les cent pas. On y écoute un homme savant, qui du haut de la chaire, commente le poème de Dante ou récite des poésies latines. On y apporte tout ce qu'on a de beau, de précieux,  les marbres profanes que l'on retrouve, les drapeaux, les trophées conquis sur l'ennemi. C'est le forum on  s'y promène avec ses amis..."

Ah si Monsieur Erdogan acceptait de lire le texte adressé par le pape à son lointain prédécesseur, afin de se rapprocher de l'humanisme romain, ce serait un bienfait pour tous les hommes et femmes de bonne volonté.