Rentrée avec
la Notte
La chaîne Arte
proposait un hommage au cinéaste italien Antonioni disparu le 30 juillet
2007, la diffusion de son chef d'oeuvre La Notte, un soir de cet
été.
Tournant le dos à
une conception très italienne du cinéma spectacle (le peplum), rompant de
même avec les facilités du cinéma narratif, Antonioni, tout
comme Bresson en France ou, en Suède, Dreyer et Bergman,
s'inscrit parmi les cinéastes de l'intériorité: La Notte offre de
cet art un exemple particulièrement abouti.
Revoir cet oeuvre,
montre que là est le type de cinéma susceptible, plus que tout autre,
d'échapper aux risques du vieillissement. Comme le deuil sied à Électre,
le blanc et noir sied à la Nuit. Les acteurs, remarquables, parce que
remarquablement dirigés (Mastroiani, Jeanne Moreau, Monica Vitti), se
meuvent dans un décor urbain et mondain qui renvoie à leur désarroi
intime. Car il s'agit ici d'une angoisse, née de l'éternel conflit
Eros-Tanathos: le couple laisse un de leurs amis mourant dans une chambre
de clinique et leur amour, lui aussi, se meurt...
Moravia a bien saisi
l'essentiel, qui écrit:" l'héroïne au cours de son vagabondage dans les
quartiers de Milan, s'arrête devant un mur et en arrache un morceau de
crépi avec la main, nous sentons que c'est là le point culminant du film,
et cela parce que le personnage est alors oppressé par une angoisse sans
nom et sans forme. Antonioni a su trouver, pour l'exprimer, une image
parfaite."
Antonioni, en cette
année 1960 où il tourne la Notte, sait mieux que quiconque que pour
l'homme du xx° siècle il y a un malaise, qu'Eros n'est pas en bonne
santé. Face à quoi l'homme et la femme réagissent mal. L'être humain vit
une aventure (L'Avvenura, le film qui a précédé La Notte )
et elle est nocturne. "Mais c'est de nuit": chante St. Jean de la
Croix dans un de ses beaux poèmes.
Pour en revenir à
Antonioni et son art, le mieux est de lui laisser la parole: ma méthode
préférée consiste à provoquer certains résultats moyennant un travail
secret. Il s'agit de stimuler chez l'acteur des possibilités qui sont en
lui et dont il ignore lui même l'existence, d'exciter non pas son
intelligence, mais son instinct, de donner non pas des justifications mais
des illuminations."
Et il en va de même
avec le spectateur.