Paul Amargier

Billets: septembre 2008

 

accueil

Index billets d'humeur

Présentation

Avec Paul Valery : rencontres et propos

Jean Paulhan Qui êtes-vous?

Bibliographie

En librairie

Liens et contact

 

 

Rentrée avec la Notte

La chaîne Arte proposait un hommage au cinéaste italien Antonioni disparu le 30 juillet 2007, la diffusion de son chef d'oeuvre La Notte, un soir de cet été.

Tournant le dos à une conception très italienne du cinéma spectacle (le peplum), rompant de même avec les facilités  du cinéma narratif, Antonioni,  tout comme  Bresson en France ou, en Suède,  Dreyer et Bergman, s'inscrit parmi les cinéastes de l'intériorité: La Notte offre de cet art un exemple particulièrement abouti.

Revoir cet oeuvre,  montre que là est le type de cinéma susceptible, plus que tout autre, d'échapper aux risques du vieillissement. Comme le deuil sied à Électre, le blanc et noir sied à la Nuit. Les acteurs, remarquables, parce que remarquablement dirigés (Mastroiani, Jeanne Moreau, Monica Vitti), se meuvent dans un décor urbain et mondain qui renvoie à leur désarroi intime. Car il s'agit ici d'une angoisse, née de l'éternel conflit Eros-Tanathos: le couple laisse un de leurs amis mourant dans une chambre de clinique et leur amour, lui aussi, se meurt...

Moravia a bien saisi l'essentiel, qui écrit:" l'héroïne au cours de son vagabondage dans les quartiers de Milan, s'arrête devant un mur et en arrache un morceau de crépi avec la main, nous sentons que c'est là le point culminant du film, et cela parce que le personnage est alors oppressé par une angoisse sans nom et sans forme. Antonioni a su trouver, pour l'exprimer, une image parfaite."

Antonioni, en cette année 1960 où il tourne la Notte, sait mieux que quiconque que pour l'homme du xx° siècle  il y a un malaise, qu'Eros n'est pas en bonne santé. Face à quoi l'homme et la femme réagissent mal. L'être humain vit une aventure (L'Avvenura, le film qui a précédé La Notte ) et elle est nocturne. "Mais c'est de nuit": chante  St. Jean de la Croix dans un de ses beaux poèmes.

Pour en revenir à Antonioni et son art, le mieux est de lui laisser la parole: ma méthode préférée consiste à provoquer certains résultats moyennant un travail secret. Il s'agit de stimuler chez l'acteur des possibilités qui sont en lui et dont il ignore lui même l'existence, d'exciter non pas son intelligence, mais son instinct, de donner non pas des justifications mais des illuminations."

Et il en va de même avec le spectateur.

 

Retour à liste des billets d'humeur