Paul Amargier

Billet novembre 2008  

 

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Novembre 2008

"Poètes assassinés"- in memoriam

"Des Cévennes ce soir les vents froids sont venus".

 C'est un vers d'Apollinaire ( Pléiade p. 780) qu'il écrivait à Nîmes , où, en 1915, il se trouvait en garnison; il y rencontrait Larguier, "superbe caporal".

Blessé par un éclat d'obus à la tête, le 17 mars 1916, alors qu'il lisait dans sa cagna le dernier numéro  du Mercure; trépané le mardi 9 mai ( jour anniversaire de sa première communion, en 1892), c'est le 9 novembre 1918 que le poète sera emporté par la grippe infectieuse qui ravageait Paris et l'Europe.

Au lendemain de l'armistice, alors que le pays tout entier était plongé dans la liesse, eurent lieu ses obsèques. La cérémonie , en l'église St. Thomas d'Aquin , fut suivie , sur le porche, d'un hommage militaire, après quoi le convoi s'ébranla lentement, suivi de la famille et des amis, parmi lesquels Max Jacob, Picasso, Cendras, Pierre Albert Birot, Paul Fort, Fernand Léger...

Dès le coin de la première rue tourné, le cortège fut assailli par les huées d'une foule en délire qui célébrait la victoire, en conspuant le Kaiser Guillaume au chant de cette scie:

 "Non, il fallait pas y aller Guillaume,
   Non il fallait pas y aller"...

pendant que le pauvre Guillaume, lui, s'en allait vers sa dernière demeure au cimetière du Père-Lachaise.

Avec Péguy, tué au tout début de la guerre de 14 sur la Marne, Apollinaire, mort au jour de l'armistice en 18, demeure le symbole même du "Poète assassiné".

Cendras qui perdit son bras droit au combat, "un jour où il faisait beau, écrit-il, le plus beau jour de l'année"; Larguier, blessé lui aussi, et qui ne voulut jamais en parler - eux deux, les amis de Guillaume et tant d'autres ( je pense au Marseillais, lucien Rolmer, poète lui aussi, tombé dans un combat au corps à corps, en 1916, devant Verdun).

Comment ne pas évoquer leur mémoire en ces jours de commémoration?

Avec mélancolie; Appolinaire nous y invite:

"Qui donc a fait pleurer les saules riverains". (Pléiade, p112)

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PS. Le tandem Frébourg- Duneton aux éditions des Equateurs vient de publier un recueil de beaux poèmes dus à un aviateur abattu en vol - août 1917: Abert-Paul Granier Les coqs et les vautours

 

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