Mars 2012
Royer Collard 1.
Au
terme du précédent billet j'évoquais l'ombre de
Royer Collard. En 1947, Bernanos dans les articles qu'il
adresait au peuple de France (Français si vous saviez, Gallimard, 1961), à quatre reprises (p.60,76,88,92) se référait à lui.
Qui était donc cet homme?
Un
de ses disciples, Tocqueville, dans une lettre du 8juillet 1858
à un jeune auteur, en parlait ainsi:" Je suis charmé que
vous ayez à parler de M. Royer Collard. Je regrette seulement
que vous ne l'ayez pas personnellement connu. Car
c'était une nature très originale, qu'il est difficile de
se bien imaginer, quand on n'a pu l'observer que de loin, et qu'on n'a
vu l'homme que dans ses écrits et dans ses actes publics.
Singulier mélange de quelques petites passions et de très
grands sentiments, de vanité qui s'ignorerait elle-même,
de hauteur d'âme et d'orgueil qui saurait s'imposer une noble et
importante figure après tout, et l'une de celles qui parmi tous
les contemporains, méritait le plus d'attirer et fixer les
regards." ( Coll. Quarto, Lettres choisies-Souvenirs, p.1310).
Sainte Beuve de son côté, dans ses Nouveaux lundis (t.4,p.262-276) consacre à Royer Collard de chaleureuses pages et dans son Port Royal
(coll. Bouquins, t.1, p.918) nous dit que Royer Collard serait le
meilleur guide, propre à nous manifester l'esprit des
"solitaires": " Le cachet primitif (de Port-Royal) sur cette forte
nature avait marqué si avant , que, même en
étant le plus mondain et le plus émancipé des
port-royalistes, il s'est aisément trouvé l'homme le plus
grave et le plus autorisé de son temps. Toute une souche de
vieux chrétiens et de braves esprits reparaissait à
l'improviste en sa personne. Parlant de cette sainte race à
laquelle il tenait surtout par sa mère, de cette
génération de gens biens dévoués à
la vérité, il ajoutait excellemment, en leur rapportant
l'honneur de sa vertu: " De n'avoir pas pensé à moi dans
ma vie publique, cela me vient d'eux". Cet homme , qui fut un monument,
n'est plus; et nous sommes tombés à un temps où
personne n'a plus le droit de dire de soi de telles paroles."
(La suite au prochain numéro, si vous le voulez-bien)
Illustration: Portrait de Royer Collard par Géricault
environ 1820 - Musée national des châteaux de
Versailles et Trianon - Versailles
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