Mars 2007
ATTALI et ROQUETAILLADE
Dans son dernier
ouvrage paru, il y a peu, chez Fayard: Une brève histoire de l'avenir,
Jacques Attali, en véritable pétrel des tempêtes, survole l'histoire de
notre pauvre humanité à laquelle il prédit un futur passablement sombre.
C'est comme s'il nous invitait à faire un dernier tour dans les salles du
musée avant d'entendre de la bouche même de l'éternel "on ferme"...
En attendant nous
sommes là pour l'instant, et l'auteur nous montre l'évolution de
l'histoire humaine axée sur l'expression marchande, celle qui fait, selon
lui, les civilisations; les démocraties de marché se rassemblant au gré du
temps, autour d'un coeur provisoire: autrefois, Gènes, Bruges; hier
encore, Londres, aujourd'hui New York ou Los Angeles. Quant à demain, le
prophète verrait bien,un jour, Jérusalem assurer un tel rôle fédérateur.
C'est ici que le
médiéviste ne peut s'empêcher d'évoquer la figure de Jean de Roquetaillade,
franciscain du XIV° siècle appartenant au courant dit des "spirituels".
Entré chez les Frères
Mineurs en 1332, vraisemblablement à Aurillac, puisqu' originaire de
Marcoles, Cantal (15220), Roquetaillade après des études poursuivies à
Toulouse, inaugura une carrière de polémiste, qui devait le conduire à la
prison pontificale d'Avignon, où, incarcéré, il continua - jusqu'à son
dernier souffle- à batailler, le calame aux doigts.
Ses attaques prirent
pour cible essentiellement le système papal de type théocratique, dont il
ne cessa de dénoncer, avec violence, les abus. A ses yeux, Rome
disqualifiée, et, plus encore, Avignon, où la curie romaine se trouvait
alors repliée, ne pouvait plus jouer le rôle de leadership par
elles revendiqué. En conséquence le siège du pouvoir catholique devait
être transféré à Jérusalem.
C'est là que se
rejoignent dans leur visée utopique le chroniqueur d'aujourd'hui et le
visionnaire médiéval, disciple de St. François d'Assise. Nil novi sub
sole! disait déjà, en hébreu, le Qohélet (Ecclésiaste, I,9).)

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