Mai 2009
Evolution à la une
Au début de l'année
1891, dans le milieu littéraire parisien l'heure était à l'effervescence.
deux ouvrages venaient de mettre le feu aux poudres: celui de Maurice
Barrès, Le jardin de Bérénice, et celui de Jean Moréas, Le
pèlerin passionné.
Un changement de
conceptions littéraires s'imposait. Aussi le directeur de L'Écho de
Paris, dès le 3 mars 1891 lança le projet d'une vaste enquête confiée
au journaliste Jules Huret.
Au terme de plusieurs
mois d'interviews l'ensemble des 64 articles fut réuni en un volume
(réimprimé en 1999 chez José Corti): Enquête sur l'évolution littéraire
.
Le journaliste
confesse qu'il était parti, serein, comme vers les jardins d'Akademos et
qu'à l'arrivée il se trouva, par la force des choses, transformé en
belluaire domptant les fauves.
Si je me suis trouvé
entraîné du côté de ce document passionnant c'est grâce à une amie qui
venait de m'offrir amicalement un ouvrage publié par son fils, Jean
Christophe Cavallin, professeur à Aix-en-Provence, présentant là une vie
de leçons préparatoires à l'agrégation, consacrées à la poésie de
Verlaine.
Or il se trouve que
Verlaine y est soumis aux questions de Jean Huret. L'entretien eut lieu
dans le cadre du café littéraire habituellement fréquenté par le poète .
Le journaliste ayant demandé à Verlaine une définition du symbolisme,
s'entendit répondre:"Vous savez, moi, j'ai du bon sens...je suis
français, vous m'entendez bien, un chauvin de français. Je ne vois rien
dans mon instinct, qui me force à chercher le pourquoi de mes larmes.
Quand je suis malheureux, j'écris des vers tristes, c'est tout, sans autre
règle que l'instinct que je crois avoir de la belle écriture, comme ils
disent!"
Tel était le propos
tenu par celui qui, dans son poème L'art poétique, le terminait sur
ce vers:..."et tout le reste est littérature".
D'accord, mais de
cette littérature là on en redemande.

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