Il y 20 ans
Gaston Defferre
Je vous livre un billet que
j'avais écrit quelques jours après le décès du Maire de Marseille .
Voisin d'en face, je le voyais
parfois traverser la chaussée, sortant de sa voiture grise, avec sur la
tête son légendaire chapeau et, sous le bras, les inévitables dossiers.
Image familière, avec le recul devenue touchante.
Dans les nombreux articles qui ont
accompagné la disparition brutale du Maire de Marseille, en dépit du
Tu quoque qui a couru en marge de bien des commentaires, il me
semble que l'on a trop peu souligné le côté "romain" du personnage.
A commencer par les véritables
richesses, celles des opes, à savoir la clientèle. Un personnage
vit dans l'ancienne Rome, entouré de clients qui l'assistent,
l'accompagnent. Il en allait ainsi des rives du Vieux-Port. Lors des
campagnes électorales, le patron avançait, tel un Gracque, entouré de sa
cohorte d'amis: cohors amicorum.
C'était là le noyau du parti,
c'est à dire la factio (les spécialistes en sont d'accord, ce mot
doit être traduit par "équipe"). A la tête se son équipe, Defferre avait
choisi - lui qui venait de la classe des notables (optimates) - de
rallier le camp des populares. Défenseur de la plèbe, comme son nom
l'indique, ce courant aux idées progressistes, fut toujours opposé à celui
des majores. Encore que ce soit le plus souvent quelqu'un de ces
derniers que l'on trouve à sa tête. A Rome , comme chez nous aujourd'hui.
Rien de nouveau sous le soleil.
Ce sont là des traits essentiels
de "romanité", que l'on ne peut guère contester. Il en est d'autres . Ne
serait-ce que celui du masque, tellement proche de ceux que l'on peut
contempler à Rome, figés dans le marbre, d'un Galba par exemple au musée
du Capitole.

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