Juin 2009
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juin 2009: Marathon
Alors que j'aborde au
rivage des 85 berges, ma pensée va à mes amis marathoniens (organisateurs
du Chaberton Marathon), la laissant cristalliser autour de la figure
d'Achille, à laquelle Vincent Delacroix vient de consacrer un stimulant
essai, dans la collection" L'un et l'autre", que dirige chez Gallimard
J.B. Pontalis.
Bien sûr dès nos
années de collège, Achille fut notre héros, parce qu'il était jeune, parce
qu'il était pur et magnanime, le modèle de l'ami parfait. De plus Homère
le disait "aux pieds légers".
Delacroix citant
Nietzsche, du Crépuscule des Idoles, remarque que les pieds légers
sont le premier attribut de la divinité. Qu'est ce à dire? Sans doute que
l'homme qui court désire s'arracher à la pesanteur,enjambe les tombes,
pour surgir à jamais vivant dans une course qu'il entend conduire en tête,
comme Achille, à la foulée miraculeuse, propre aux dieux; eux, de qui nous
recevons le souffle.
A l'âge que
j'atteints aujourd'hui, avec un coeur cabossé, le souffle court, je sais ,
mieux que quiconque, à quel point on vieillit, alors que
j'aimais tant rebondir au rythme d'une balle de tennis - c'était
autrefois...mais, enfin, on est là...
Alors qu'Achille, lui
, mourut si jeune, couvert certes de gloire: mais la gloire n'est elle pas
le soleil des morts? Pensant à lui, non sans mélancolie, c'est cependant
avec joie que j'assiste, à ce jour, aux exploits de mes amis marathoniens.
Je me dis, les voyant
- en rêve - allonger leur foulée, qu'ils ne courent pas vers la mort, mais
vers l'immortalité, prêts, lorsqu'ils y entreront à bousculer les anges,
impatients qu'ils seront de joindre la cohorte de ceux qui, là,
suivent Achille dans son marathon d'éternité...

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