février 2010
Chantecler
d'Edmond Rostand
Le 28 janvier 1910 le niveau des eaux de la
Seine en crue approchait le barbe du zouave au Pont de l'Alma. Avec
février s'annonça une lente décrue. C'est dans une capitale en totale
désorganisation qu'eut lieu l'événement que le
tout Paris attendait: la première de Chantecler.
Dans un papier paru dans Paris
Journal le 9 février 1910, Alain Fournier, alors titulaire dans ce
périodique de la chronique littéraire consacrait toute une
page à "l'incident Guitry-Rostand". L'acteur en effet
rechignait à répéter son rôle, prétendant la fatigue. A l'auteur qui
lui en faisait quelque reproche il osa même rétorquer que Chantecler ne
l'intéressait pas.
La disparition du grand acteur
Coquelin survenue au moment où il allait tenir le rôle de ses rêves,
remplacé par Lucien Guitry
n'avait pas facilité les choses.. Le dimanche 6 février cependant eut lieu la
répétition générale .
Dans l'excellente revue Histoires littéraires
(avril juin 2009) qui présente un dossier Chantecler richement
illustré on peut voir un croquis de l'événement: devant le théâtre de la Porte Saint
Martin une marée d'automobiles créant un embouteillage monstre, avec
égaré là un seul fiacre. L'automobile est déjà reine.
On sait que ce fut un triomphe ,
certes mondain, mais en demi teinte; il annonçait le déclin du père de Cyrano et de l'Aiglon.
A un autre Rostand, son fils
cadet, Jean, allait revenir la tache de prendre le relais. Dans un
article prophétique, publié au lendemain de cette mémorable première,
Leo Claretie saluait le jeune prodige qui venait de passer à 15 ans
l'épreuve du baccalauréat (avec 60 points de mieux), résolvant les
problèmes avec une facilité dérisoire, étonnant le jury par sa
précocité. Bref, concluait la journaliste: "c'est un autre Pascal".
Désormais au futur biologiste
Jean Rostand (1894-1977) étaient confiées les clefs de
l'avenir.
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