décembre 2012
Mauriac
Un
événement littéraire vient de marquer
la rentrée, qui ne peut que réjouir les fervents
de littérature et amateurs d'histoire
littéraire: la publication, dans la collection Bouquins de
la Correspondance
intime (1898-1970) de François Mauriac,
édition établie par sa belle-fille Caroline
Mauriac, hélas disparue depuis peu.
Je
viens de lire avec passion ces 700 pages où
défilent tous les princes de l'intelligentzia parisienne du
XX° siècle.
Peut-être,
est-ce cependant dans les lettres adressées à ses
proches , aux noms de nos jours oubliés, qu'une vieille
affection permettait à l'auteur de s'exprimer dans toute sa
vérité.
Je
pense en particulier à Robert Vallery-Radot (1885-1970) dont
les 46 lettres, fort longues et belles, reçues, auraient pu
à elles seules former un corpus destiné
à la publication, surtout si on leur avait adjointes les 70
lettres adressées à ce même
Vallery-Radot par Dominique de Roux. On les trouve publiées
dans l'ouvrage intitulé Il faut partir,
paru chez Fayard en 2007.
Petit
neveu d'Eugène Sue, Robert Vallery-Radot naquit le 31
juillet 1885 aux Alleux près d'Avallon,
prpriété
familiale où il passa une jeunesse solitaire et
rêveuse. Devenu un publiciste de droite il signa
poésies, romans essais et fonda une famille nombreuse.
Engagé dans les combats politiques, il se fourvoya dans des
choix douteux qui le conduisirent à l'exil.
Rentré en grâce judiciaire il revêtit la
coule monastique et devint Dom Irénée
à l'abbaye de Bricquebec. Au long de son existence
cistercienne, il écrivit une vie de Saint Bernard en deux
volumes d'une belle venue.
C'est
au sein de cette solitude que Dominique de Roux, ayant
épousé sa petite-fille (Jacqueline Brusset) vint
le trouver en septembre 1959 pour se placer sous sa
direction, jusqu'au jour de la disparition du
vénérable vieillard survenue le 23
février 1970, précédent de peu celle
de son ami Mauriac, tous deux réunis dans la paix de
l'infinie miséricorde divine.
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P.S.
D'une
lettre de Roger Martin du Dard (Prix Nobel 1937) à
François Mauriac en date du 22 octobre 1945:
"...
Ce qu'il y a dans vos articles, toujours concis, toujours denses,
toujours inspirés, jamais de commande et toujours d'un ton
de sincérité intérieureà la
spontanéité de quoi on peut se
méprendre, c'est ce je ne sais quoi de vibrant,
d'authentique, ce frémissement particulier qui, sous les
paroles de l'éditorialiste, laisse à tout instant
jaillir le cri de l'homme. Cri fraternel".
...et
de F. Mauriac à Roger Martin du Gard en date du 31
août 1954:
"...nous
sommes les témoins, pauvres chrétiens, de ce que
nous n'avons pas vu, de celui en qui nous avons cru. Tout se
ramène à une parole qui a
été dite, à une promesse qui a
été donnée à un moment du
monde par Quelqu'un à qui nous avons fait confiance, que
nous avons aimé...".
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