Décembre 2008
Ecrit sur de l'eau...
Le Mois
dernier était décerné le Goncourt au romancier Afghan francophone Atiq
Rahimi; il y a un siècle en 1908 ce fut un marseillais qui l'obtint:
Francis de Miomandre (1880-1959).
Jeune homme
il appartenait au cercle des étudiants provençaux dont Edmond Jaloux était
l'âme et lui, l'enchantement.
A la revue
aixoise Le feu, il donna des textes qui, réunis sous le titre
Écrit sur de l'eau, lui valurent le fameux prix. Suivirent tout un
flot de romans, d'essais critiques, de poésie...
A mon goût,
Voyages d'un sédentaire paru en 1918 chez Emile-Paul, offre un éventail de
ses qualités les meilleures. Justement à propos d'éventail, lisons
ce qu'il écrit là (p.208-209):
"Doux comme
la plume du colibri courbé comme l'arc-en-ciel, l'éventail est tout ce que
vous voudrez, une parure, un sceptre, un hochet mais ce n'est point un
instrument. Et quant à agiter de l'air, il laisse ce soin au panka, son
cousin d'Extrême Orient, le panka pesant et gauche comme un oiseau
de proie captif.
L'éventail
n'appartient qu'aux femmes. Naguère, cependant les samouraïs le portaient.
Ces terribles guerriers laissaient s'épanouir cette fleur étincelante et
inattendue sur le hérissement monstrueux de leurs armures, comme une rose
tombée sur un cactus. Et les estampes nous rappellent ces temps si près de
nous, pourtant irrémédiablement défunts, car le Japon a quitté la robe
brochée et la carapace de bronze pour l'étui sombre de la redingote...le
Japon est devenu moderne et l'éventail est resté aux femmes".
Quant à la
Sandaraque, sorte de poudre apte à effacer les mots sur le papier (p.89),
Miomandre l'évoque pour en faire un symbole, l'étendard des belles
-lettres, ce qu'il sert avec une seule arme, son porte-plume d'écolier.

Telles sont les facettes
miroitantes du style de quelqu'un qui reçut un don celui de savoir écrire
sur l'eau.
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